Jeudi 12 janvier 2017, au cours du premier débat de la primaire PS, les sept candidats se sont positionnés sur la proposition d’un revenu universel. Loin de toute caricature, l’AIRE réagit en distinguant soigneusement « le vrai du faux ». Cet article éclaire le débat, pour éviter  les commentaires lapidaires qui ne manqueront pas d’inonder les média dans les prochains jours.

La séquence est à revoir ici, à partir de la 24ème minute :

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Les fondamentaux de Jean-Luc Bennahmias

« C’est une proposition pour l’ensemble de la société, pas uniquement pour les 8 millions de pauvres. Pour y arriver, c’est un mandat ou deux mandats, c’est progressif. Cela s’adresse à l’ensemble de la société. C’est une aide à l’entrepreneuriat. Cela s’adresse aux jeunes de moins de 30 ans, qui n’ont pas forcément envie de vivre comme leurs parents, d’avoir un CDI à vie, d’avoir la possibilité d’entreprendre. C’est une aide, je crois, à l’exemple.

Aucune condition. Ceux qui ont des gros revenus le rembourseront dix fois en impôts, ce n’est pas le problème. Madame Bettencourt le remboursera au centuple.

Un exemple : 35% à 40% des agriculteurs touchent un revenu de 450 euros par mois ! Je veux garder ces fermes sur le territoire, pour l’aménagement du territoire, pour nourrir nos population. Dans ce cas là, ces fermes ne fermeront pas, car ils auront le revenu universel à côté ».

L’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence valide totalement ces points. Dans une intervention suivante, Jean-Luc Bennahmias, répond aux objections sur la désincitation au travail et la complexité du projet.

« Je ne voudrais pas qu’on balaie d’un revers de main l’idée, qui est pour moi une des seules idées nouvelles de ces trente dernières années, du revenu universel. J’entends bien les positions, j’entends bien la complexité. (…) On sait bien que c’est complexe. Je pense que Manuel, quand il propose de faire que les allocations soient regroupées, va  à peu près dans le même sens.

Je dis que pour la relance de la consommation, et moi je suis pour une relance de la consommation sobre, parce que je crois que la croissance à 2, à 3, à 4 ou a 5%, dans nos pays occidentaux, c’est terminé. Il faut dire la vérité. D’ailleurs, les français le savent. (…) Le modèle de société dans lequel nous allons rentrer, et ce n’est pas un modèle du non-travail, c’est le modèle d’un autre travail, d’un autre mode d’activité ».

Dans cette conclusion, Jean-Luc Bennahmias est parfaitement cohérent avec son positionnement écologiste.

Le pragmatisme de Vincent Peillon

« Ce revenu universel est une belle idée, mais n’est pas praticable : cela coûte 400 milliards, qui les paiera ? Un jour on nous dit qu’on va supprimer toutes les autres solidarités, les allocations familiales, la sécurité sociale. C’est là que les associations nous disent : attention, il y a un vrai problème. Un autre jour, on nous dit qu’on va les garder. Mais alors les 400 milliards, il faudra les prélever uniquement en impôts supplémentaires et tout le monde paiera.

Mais philosophiquement, je pense que cette idée pose effectivement un gros problème. La solidarité, nous l’avons construite pendant deux siècles sur l’idée que ceux qui ont le plus donnent à ceux qui ont le moins. Là on nous dit que tout le monde aura la même chose, et nous n’avons même plus l’obligation de donner à ceux qui sont dans la difficulté ».

On ne peut faire le reproche à Vincent Peillon de ne pas avoir étudié la question. Le problème est qu’il a visiblement lu la calamiteuse étude de la fondation Jean Jaurès et le policy brief OFCE d’Henri Sterdyniak comme des variantes possibles d’un revenu universel, alors que ce sont en réalité des caricatures d’opposants. Nous l’invitons à  mieux discerner les propositions sérieuses. 

Relancé en fin de séquence par le journaliste, Vincent Peillon ajoute : « Le revenu d’existence n’est précisément pas ce qui pourrait créer des emplois, c’est même l’inverse. C’est le moment où on se dit qu’il n’y aura plus d’emploi, et le raisonnement est basé d’ailleurs sur une idée tout à fait fausse, que la modernité va faire qu’il y aura de moins en moins d’emplois. Non. Il y a des emplois qui se détruisent, il y a des emplois qui se créent. On en crée même plus aujourd’hui en France qu’il ne s’en détruisent. Mais le problème de la France est de se préparer à l’avenir (…) ».

Cette lecture pragmatique et négative est encouragée par les propos caricaturaux de certains promoteurs du revenu de base, qui s’inspirent des écrits d’André Gorz,  réclamant une prestation « d’un montant suffisant pour se passer du travail ». L’AIRE est totalement opposée à cette philosophie qui ne répond aucunement à l’aspiration la plus essentielle à chaque être humain à se réaliser par un travail utile à la communauté où il vit.

La proposition de Benoît Hamon

Après avoir rappelé les arguments (« encourager au laxisme, à la paresse, à la surconsommation de soins ») de ceux qui s’opposaient à la mise en place du RMI par Michel Rocard et de la CMU par Martine Aubry, le candidat précise son projet :

« Le revenu universel ne peut se mettre en œuvre que par étapes. Ces 400 milliards ne peuvent être qu’une étape de moyen et long terme. La première étape sera un revenu universel pour les plus pauvres, d’éradiquer la pauvreté par l’automatisation du RSA et le revaloriser de 10%, le portant à 600 euros, et de le distribuer au 18-25 ans.

La révolution numérique change radicalement, d’ores et déjà, notre rapport au travail et celui des nouvelles générations. Le Conseil d’orientation pour l’emploi vient de confirmer qu’à échéance de quelques années, c’est 10% des emplois en France qui sont menacés de disparition. Personne ne peut plus contester que la révolution numérique est une formidable opportunité mais qu’elle va avoir des conséquence qui peuvent être négatives sur l’emploi, si nous ne les maitrisons pas.

Comment entrent sur le marché du travail aujourd’hui les jeunes actifs ? Par le salariat, contrats courts. Par le travail indépendant, l’auto-entrepreneuriat, de plus en plus souvent, des périodes de formation nécessaires, de création d’activité. Pour tout cela, il faut les équiper en droits de la même manière que nous l’étions auparavant. Le revenu universel d’existence est ce nouveau pilier de la protection sociale que je veux pour cette génération car nous leur devons autant que ce que nos pères ont fait pour nous en matière de protection sociale ».

Relancé par la journaliste, Benoît Hamon précise : « Dès lors que l’on pense la solidarité, on évoque une incitation à la paresse. Évidemment que non ! Lorsqu’on a fait la sécurité sociale en 1945, que disaient ses opposants ? La même chose que ce que je peux entendre aujourd’hui à droite quand on nous dit « irréalisable ». Nous parlons d’un revenu universel d’existence qui correspond à la réalité du travail telle qu’il est, pas telle qu’il fut. Et j’entends bien parler de la société telle qu’elle est, pas telle qu’elle a été ».

Nous en pouvons que remercier Benoît Hamon pour la clarté de ses rappels de dimensions essentielles du concept. Même si ce premier débat n’a pas été l’occasion de préciser la proposition technique, nous l’invitons à utiliser à cette fin notre dernier rapport, seul document existant en France expliquant dans le détail l’instauration d’un revenu universel d’existence.

L’alternative de Manuel Valls

« La politique économique, comme la politique fiscale, comme la politique sociale, ont besoin de continuité, de sérieux. Bien sûr, il faut investir parce que nous allons connaître des ruptures technologiques majeures.(…) Il faut investir dans cette transition écologique. (…).

Moi, je veux une société du travail, une société qui met le travail au cœur, parce que le travail, c’est la dignité, pour les salariés, pour les ouvriers, pour les fonctionnaires de ce pays. Donc je veux qu’on donne de la rémunération au travail.

Et puis en même temps, il faut lutter contre la pauvreté. Bien sûr par l’emploi, mais aussi par cette proposition que je fais de fusionner en effet les minima sociaux pour qu’ils soient plus efficaces. C’est la belle idée défendue par François Chérèque, qui nous a quittés il y a quelques semaines, et parce qu’il serait aujourd’hui applicable, dans ma proposition, aux 18-25 ans qui ne peuvent pas avoir le RSA. Mais toujours sous conditions de ressources, c’est la différence que nous avons, avec cette idée qu’il y a ce lien avec le travail, avec la dignité que procure le travail. Et pour les jeunes, c’est cette autonomie ».

Alors Premier ministre, Manuel Valls a entendu des promoteurs et des détracteurs du revenu de base, et cherche logiquement une stratégie équilibrée. On peut mettre à son crédit la mission qu’il a confiée au député Christophe Sirugue pour réformer les minima sociaux. Le rapport publié le 18 avril 2016 a représenté une avancée considérable de la réflexion, en exposant un scénario 3 robuste et ambitieux. Ces travaux ont été poursuivis par la fondation Terra Nova, qui a proposé fin novembre 2016 un Minimum décent, qui présente beaucoup d’avancées et aussi quelques erreurs. Nous invitons Manuel Valls à examiner attentivement l’analyse précise que nous avons faite de sa proposition.

L’incompréhension de François de Rugy

« La perspective que je propose aux français et aux françaises, ce n’est pas un revenu de base pour solde de compte, à qui on dirait maintenant : débrouillez-vous, on vous a donné 500 euros, débrouillez-vous pour trouver une petite activité ou d’autres formes de revenu.

Moi, je propose des choses concrètes. Je dis qu’il faut supprimer les cotisations familles et les remplacer par la CSG pour avoir une baisse du coût du travail. Moitié baisse du coût du travail, moitié hausse du pouvoir d’achat. C’est soutien aux entreprises, soutien à la consommation par le pouvoir d’achat ».

Il est évident qu’à la différence de Vincent Peillon, François de Rugy n’a pas pris le temps d’analyser sérieusement la proposition d’un revenu d’existence. Il pourrait constater que la seule proposition précise qu’il porte est détaillée dans la fiche technique n°5 de notre dernier rapport. Nous l’invitons à passer du temps à approfondir cette proposition, soutenue par nombre de ses amis écologistes.

La caricature d’Arnaud Montebourg

« Ce n’est pas, je crois, finalement, en imaginant que nous pourrions baisser les bras devant le chômage, et commencer à imaginer de prélever 400 milliards, l’équivalent du budget de l’État, pour le redistribuer à tout le monde, que nous pourrions remettre en marche la machine économique ».

Ces propos lapidaires d’Arnaud Montebourg n’appellent pas de commentaire de notre part.

Sylvia Pinel, absente du débat

N’étant pas sollicitée par les journalistes lors du tour de table sur le revenu universel, Sylvia Pinel n’a pas évoqué directement ce sujet dans sa prise de parole suivante. Elle a seulement rappelé son attachement aux principes les plus élémentaires : « d’abord relancer l’économie pour avoir davantage d’emplois (…) en permettant aux entreprises de recruter davantage de salariés ».

Elle ne semble pas s’intéresser à cette question.

Recommandation de l’AIRE aux candidats

Le débat actuel sur le revenu universel n’est pas un épisode fugace. Si Benoît Hamon porte aujourd’hui cette proposition lors de la primaire de la gauche, c’est parce que cette idée est fortement ancrée dans la société.

Il nous parait curieux de ne pas préparer son avenir politique, en négligeant un sujet qui va très probablement continuer à progresser au cours des prochaines années, en France et dans le monde. Ce sujet, malgré les apparences, est très complexe. L’AIRE, association d’experts dédiée à ce sujet, sans attachement politique, est à la disposition de tous pour clarifier et approfondir le débat. 

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